10/10/2014

Elle part ...

L'homme quitte  un instant   la chambre . Le temps  d'une cigarette. Le temps d'un sms.

" Elle  part ..."  D'un coup  le coeur  lui  prend  trop de place  dans le corps : c'est sa mère qui s'en va. Et même  si  la situation  depuis  ces derniers jours laissait prévoir l'issue  il voudrait  encore  un sursis .  Courage  Alex .

La mienne aurait  presque le même âge  que la sienne.

Mais elle  n'est plus depuis 50 ans .

Elle était rentrée  la veille  de l'hôpital : " il n'y a plus  qu' à attendre" avait dit le médecin. Ses  soeurs  et  belle-soeurs  se relayaient  auprès  de celle  qui avait un souffle  si  léger  qu 'elles  se demandaient à chaque  instant  si  ce n'était pas le dernier. Je me faufilais dans  la pièce chaque  fois  que je  savais, juste le temps  qu'une tante   me trouve  quelque chose   à faire  autre part. Ma place n'était pas  là  paraît-il...

Au  moment ou  17 h sonnait à l'horloge,  une  des veilleuses a ouvert la porte "  C'est  fini !"   Maman n' est jamais arrivée  à  34 ans.

Mon père  était  dehors, il a fallu  lui redire  les mots fatals.

Comment  cet homme  si calme a-t-il avoir  en  un  instant  ce regard  ?  Toute la  colère,  tout le refus  d'accepter  se réfugiait là  et le contraste  avec son pas  habituel le rendait hallucinant. Il est entré dans la pièce, à pris  la main  de sa femme : il la caressait, l'appelait par son prénom à voix  presque basse.

Une tante  a répété  "  C'est  fini" . Alors il a  posé  sa bouche  sur  les doigts  de la jeune morte avant de reposer doucement  la main sur  le drap.   Il s'est levé, s'est retourné  et  sans un  mot,  mais d'un geste  d'une violence inouïe, il a balayé  de la main tous les médicaments  qui se trouvaient  sur  la  table.  J'étais pétrifiée.   

Il  a quitté la pièce   toujours en silence , s'est arrêté un instant  dans la cuisine   pour bloquer les aiguilles de  la pendule  et est  sorti de la maison. Personne  n'a osé le suivre. Quand il est rentré une demi heure  plus tard,  il n'y avait plus dans ses yeux que du chagrin.

La pendule n'a jamais été remise  en  marche , comme  s'il elle  était punie   d'avoir  sonné l'heure  de la mort. Depuis  la mort de mon père, protégée dans une boite de carton,elle rangée dans  le fond  d'une de mes armoires.

 

12:44 Écrit par May dans Perso | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

oh quelle tristesse et quel terrible souvenir de petite fille...

Écrit par : Adrienne | 10/10/2014

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Je n'étais plus vraiment une petite fille Adrienne et c'est sans doute pour cette raison que je n'ai jamais oublié ce regard ...

Écrit par : May | 10/10/2014

Vous n'étiez plus une petite fille mais vous n'étiez pas une adulte non plus. Adrienne a raison, ce n'est pas un beau souvenir.

Écrit par : Mme Chapeau | 10/10/2014

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Difficile de commenter un texte aussi fort. Une histoire aussi forte. On voudrait mettre un peu de baume, quelque chose qui apaise ou console... Difficile...

Écrit par : Pivoine | 11/10/2014

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ce récit émouvant , ma petite fille l'a vécu à neuf ans . elle n'en parle jamais .

Écrit par : ghislaine | 11/10/2014

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